Du 7 juin au 16 septembre, le Palais de Tokyo à Paris accueille une grande exposition intitulée "La Photographie belge", exposition qui rassemble plus de trois ents photographies significatives des grands courants qui ont marqué l'histoire de la photographie belge. Nous la présenterons le moment venu.
Cela dit, il n'est certainement pas trop tôt pour aller à la découverte de l'hôte généreux, c'est-à-dire de l'organisateur de cette consécration parisienne qui est aussi une consécration officielle. En effet, cet hôte, le Centre National de la Photographie, est une émanation du Ministère français de la Culture. C'est aussi une fabuleuse "machine" au service de la photographie. Point n'est besoin d'une longue description pour en mesurer toute la portée, toute la valeur, toute dynamique.
Dès sa création en juillet 1982, la vocation du Centre National de la Photographie était clairement définie: "mener en faveur de la photographie une politique généreuse et dynamique axée sur la diffusion et sur l'aide à la création. Cette action ouverte à toutes les tendances et tournée vers le public le plus large, devait permettre de donner à voir partout et par tous, les oeuvres qui ont marqué l'histoire extraordinairement riche de la photographie. Par les moyens qui lui sont accordés, part l'espace qui lui a été attribué au Palais de Tokyo, le CNP devait et doit situer la photographie à la place qui est la sienne, celle d'un art à part entière".
Comme l'a bien compris le Centre National de la Photographie, aider la création, c'est avant tout découvrir et promouvoir de nouveaux talents.
Aussi, dès 1983, le concours "Moins Trente", ouvert tous les photographes français (ou résidant en France) de moins de trente ans a été la première manifestation organisée par lui. C'est à la présention des lauréats qu'il consacra sa première exposition.
Le succès public de cette opération et les retombées très positives qu'elle suscita pour les jeunes photographes (expositions, bourses, achats, commandes publiques et privées) ont incité le CNP à l'instituer comme Biennale.
Ce concours n'est pas la seule expression de cette volonté d'effort en faveur de la jeune photographie. Une des salles du Palais de Tokyo lui est réservée en priorité. De plus, chaque année, en accord avec l'association "Les gens d'Images", il accueille le lauréat du Prix Niépce. Cette année, le Prix Niépce est revenu à Jean-Louis Courtinat. Ce lauréat verra ses oeuvres présentées au Palais de Tokyo du 7 juin au 16 septembre. Ces manifestations ponctuelles n'empèchent pas, que du contraire, un contact en continu avec les jeunes photographes.
Ce n'est pas tout. En liaison étroite avec le Fonds d'Incitation à la Création, le Centre National des Lettres et le Fonds National d'Art Contemporain, le Centre National de la Photographie apporte son soutien aux différents types de demandes (bourses d'étude, de recherche, achats d'oeuvres) présentées par les photographes.
Pour pouvoir réaliser cette immersion profonde dans la jeune création photographique française, le CNP s'est doté de deux formidables outils. Le premier vient déjà d'être cité. C'est bien évidemment son lieu d'exposition: le Palais de Tokyo. Avec cet espace de plus de 1.000 m² que le Ministère de la Culture lui attribua dès 1984, le CNP possède ainsi le plus grand espace au monde dévolu à la photographie de façon permanente.
Le CNP est donc pleinement en mesure de recevoir des expositions de dimension internationale et de poursuivre son axe de travail: "présenter toute l'histoire de la photographie, rendre compte de toutes ses tendances, de tous les genres, de toutes les formes, sans aucun sectarisme artistique; redécouvrir et présenter un patrimoine photographique peu connu; faire voisiner les grands noms de la photographie contemporaine et les recherchers de jeunes photographes".
A cette extraordinaire capacité
de promotion de la photographie vient s'ajouter
une action de diffusion de la photographie tout à fait
exemplaire auprès du plus large public.
Le CNP a conçu et édité deux types de publications:
- la collection "Photo Poche" qui constitue
la première histoire de la photographie en format de poche;
- la collection "Photo Copies", collection de beaux livres
catalogues des expositions du CNP.
Depuis son lancement, l'ambition de la collection Photo Poche est de diffuser le plus largement possible la photographie du 19e et du 20e siècle, sous forme maniable et informative à partir d'une iconographie large jusqu'alors souvent peu accessible.
Les livres de cette collection s'adressent à tous ceux que passionne la photographie: monographies, sujets historiques, thématiques ou techniques constituent une véritable histoire de la photographie et varient à l'infini une iconographie restée jusqu'à présent inédite en livres de poche.
Chaque Photo Poche est à la fois un petit livre d'art par la qualité de sa présentation et un outil de connaissance de l'image par la richesse de sa documentation. Son prix le rend accessible à un vaste public. Enfin, son succès constitue un événement majeur dans la diffusion de la photographie en France et à l'étranger.
Depuis l'automne 1985, le CNP produit en association avec l'éditeur américain Pantheon Books une version anglaise de Photo Poche diffusée aux Etats-Unis et au Canada assurant le développement international de la collection.
Saluée de façon unanime par la critique, la collection Photo Poche qui compte aujourd'hui 46 numéros (le suivant doit sortir fin de ce mois) a reçu les plus hautes distinctions nationales et internationales comme le Prix Nadar, le Prix des Rencontres Internationales d'Arles, l'Oscar de l'édition 1984. Nous sommes là en présence du plus bel exemple de réussite pédagogique et d'éducation populaire dans le domaine de la photographie.
Cette réussite, on la doit à Robert Delpire, un passionné de photographie qui fut éditeur, graphiste et galeriste avant de présider aux destinées du CNP, dès sa création.
Il nous est arrivé à plusieurs reprises de citer dans nos chroniques les trois volumes de la collection Photo Poche, réunis dans un même coffret, sous le titre "Histoire de voir".
Edités en 1989, à l'occasion du 150e anniversaire de la divulgation de la photographie et de sa donation au monde par la France, ces trois volumes (n° 40: De l'invention à l'art photographique (1839-1880); n°41: Le médium des temps modernes (1880-1939); n°42: De l'instant à l'imaginaire (1930-1970) constituent bien une véritable histoire de la photographie, conçue et réalisée par Robert Delpire et Michel Frizot.
Comme l'écrit Robert Delpire, ce n'est qu'un survol, mais c'est le survol de 150 ans d'une extraordinaire aventure, celle de l'avant-dernier des beaux-arts. "L'entreprise, dit-il, est donc ambitieuse: elle prétend aider le lecteur à circuler avec aisance dans la forêt d'images qui, depuis Niépce et Talbot, n'a cessé de croître dans le désordre des techniques sans cesse améliorées et la multiplication foisonnante des médias.
Les 180 photographies qui illustrent cette "Histoire de voir" - c'est de voir qu'il s'agit - se veulent les balises, les jalons d'une route déjà longue, celle qui mène des balbutiements de l'invention à la maîtrise des procédés..."
C'est encore un outil précieux, indispensable même à tous ceux qui, de près ou de loin, s'occupent de photographie.
Quant au CNP, il réalise son but: nous inciter à voir, avec passion.
Pierre Bastin
(Cette chronique a été publiée dans "Médiascope", le
supplément culturel du quotidien liégeois
"La
Wallonie",
le vendredi 10 mai 1991.)