Aux missions du programme scientifique de l'ESA présentées dans les deux pages précédentes intitulées respectivement "De l'apprentissage à la majorité" et "Les pierre angulaires d'Horizon 2000", il y a lieu d'ajouter la mission INTEGRAL.
Laboratoire international dans le rayonnement gamma, INTEGRAL (INTErnational Gamma RAy Laboratory) est spécialisé dans la spectrométrie fine et l'imagerie précise des sources célestes de rayons gamma, dans la région des 15 keV à 10 MeV. INTEGRAL a été choisi comme deuxième mission de taille moyenne du programme Horizon 2000, et son lancement aura lieu en 2001. Il relancera le rôle de l'ESA dans l'astronomie des rayons gamma, dont la mission COS-B d'il y a quelque vingt ans avait été le précurseur. Les rayons gamma mettent en évidence les phénomènes les plus violents de l'Univers, notamment les bouffées de rayons gamma qui passionnent tellement les astrophysiciens d'aujourd'hui.
Il y a aussi lieu de rappeler que le lancement de la mission Cassini-Huygens a eu lieu le 15 octobre 1997.
Cela dit, à la conférence ministérielle de Grenade de 1992, le Conseil de l'ESA avait demandé que soit échafaudé un plan dessinant des objectifs de science spatiale à mettre en uvre au-delà du programme Horizon 2000. Les travaux menés à ce sujet ont abouti à une réunion qui s'est tenue à Rome du 29 septembre au 1er octobre 1994. Le plan arrêté à Rome concerne les domaines de l'exploration du Système solaire, de l'astronomie et de la physique fondamentale. En juin 1993, la communauté scientifique (en l'occurence, plus de 2500 chercheurs européens) avait répondu massivement à un appel aux concepts de missions et proposé quelque cent-dix idées nouvelles illustrant les tendances de la science spatiale à l'horizon du prochain millénaire et représentant les principaux domaines d'intérêt de cette communauté.
Le programme, dénommé Horizon 2000 Plus, s'étendra sur une dizaine d'années et portera sur des missions débutant en 2006. Il est conçu comme un programme à enchaînement successifs, assurant ainsi continuité et cohérence avec les objetifs d'Horizon 2000.
Dans la pratique, ce programme Horizon 2000 Plus n'a toujours pas été définitivement arrêté, d'autant que les problèmes budgétaires se font toujours plus pesants. "Comme on ne peut pas faire plus avec moins d'argent, nous allons faire différemment". En présentant au salon du Bourget de 1997 les objetifs scientifiques de l'ESA, Roger-Maurice Bonnet, directeur des programmes scientifiques de l'Agence, a présenté un plan révisé en fonction des restrictions budgétaires.
En résumé, les satellites astronomiques XMM (rayon X), INTEGRAL (rayons gamma) et Rosetta (comète Wirtanen) sont confirmés pour les années 1999, 2001 et 2003.
Plus précisément, en ce qui concerne la mission cométaire Rosetta qui sera lancée en janvier 2003, il faut noter un changement de mission intervenu depuis sa présentation de 1992 (notre page "Les pierres angulaires d'Horion 2000"). Elle aura besoin de huit années pour atteindre sa cible : la Comète 46P/Wirtanen, découverte le 15 janvier 1948 à l'Observatoire de Lick de l'Université de Californie sur le mont Hamilton. C'est en 2011 qu'aura lieu son rendez-vous. L'année suivante, Rosetta se placera sur une orbite proche de la Comète Wirtanen qu'elle escortera pendant dix-sept mois riches d'observations, tandis que celle-ci se rapprochera du Soleil dont elle sera au plus proche en septembre 2013, point culminant de la mission.
Au cours du long périple de Rosetta à proximité directe du noyau de la comète, une série d'instruments de télédétection permettront de cartographier et étudier la totalité de la surface du noyau. Rosetta larguera un module d'atterrissage qui se posera à la surface de la comète pour faire une étude détaillée de sa topographie et de sa composition chimique avec la possibilité de percer la surface du noyau et de s'y déplacer à volonté.
De petites missions baptisées F1, F2 et F3, dont la première destinantion connue (la planète Mars en 2003) marque le degré de liberté du programme, s'inscrivent pour la première fois. Il en est de même de petites missions technologiques baptisées Smart1, 2, 3 et 4, dont l'ambition est de mettre à l'épreuve les technologies clés des futurs missions dont la propulsion hélio-électrique, perçue depuis longtemps comme un progrès plus que nécessaire des moteurs spatiaux.
Parmi les autres possibilités à l'étude, citons la participation à un projet de remplacement du télescope spatial Hubble (projet "Next Generation Space Telescope") et des occasions de projets scientifiques associés à la Station spatiale internationale.
Un véhicule spatial qui graviterait autour de la brûlante planète Mercure, à peine explorée jusqu'ici, projetterait une lumière nouvelle sur l'histoire du Système solaire. Une mission astronomique d'interférométrie, utilisant la combinaison de deux télescopes ou plus, observerait les étoiles et les galaxies avec une meilleure précision en lumière visible ou infrarouge.
Et une forme inédite d'astronomie est promise par une ambitieuse mission d'étude des ondes gravitationnelles visant à détecter les radiations prévues dans la théorie d'Einstein sur la gravitation universelle, radiations dont on suppose qu'elles étirent et compriment l'espace lui-même.
Voilà bien de magnifiques projets scientifiques pour le prochain millénaire. Reste à espérer que le budget de l'ESA restera, lui aussi à la hauteur de ses ambitions spatiales. A dire vrai, c'est une nécessité impérieuse pour l'avenir même de l'Europe.
Pierre Bastin
Mai 1998
Courriel :