Gravitation - De l'Univers

RTBF1 - 23h15, Noms de dieux: l'astrophysicien Hubert Reeves

Non au "prêt-à-penser"

Hubert Reeves

Hubert Reeves, pendant l'enregistrement de l'émission. (© Agence Photo Houet, Liège)

Pour son magazine "Noms de dieux" de ce mercredi à 23h15, sur la RTBF1,
Edmond Blattchen a un invité de rêve. Il s'agit de l'astrophysicien Hubert Reeves. Surnommé, non sans raisons, "le poète de l'astrophysique", Hubert Reeves a conquis depuis longtemps le grand public grâce à son immense talent de vulgarisateur.
En nous restituant "enfants de l'Univers", il nous émerveille, tout simplement.
Ce sera encore le cas ce soir où il sera, cette fois, autant question du cosmos
que d'un dieu qui ne se pose plus en certitude mais bien en interrogation.

Avec un sérieux plein de malice, avec la plus grande simplicité, à l'aide de quelques métaphores et de quelques idées fortes, Hubert Reeves sait rendre accessibles les parcours les plus difficiles qui interrogent le passé et le futur de l'Univers et de l'homme.

Nous auront la chance de l'avoir ce soir en notre compagnie grâce au magazine d'Edmond Blattchen "Noms de dieux". Pour rappel Hubert Reeves, né À Montréal, vit en France depuis près de trente ans. Docteur en astrophysique nucléaire, il est directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, conseiller scientifique au Commissariat à l'Energie atomique à Saclay, près de Paris, et enseigne à l'université de Paris VII.

Des chefs-d'œuvre de vulgarisation

Grâce à ses livres, films et cassettes de vulgarisation, cet éminent scientifique est aussi bien connu du grand public, à tel point qu'il est devenu l'un des scientifiques les plus médiatiques et les appréciés.

Ces livres, chefs-d'œuvre de vulgarisation, comme "Patience dans l'azur" (l'évolution cosmique), "L'heure de s'enivrer" (l'Univers a-t-il un sens?), "Malicorne" (réflexions d'un observateur de la nature), "Poussières d'étoiles" (histoire de l'Univers depuis le big bang) ont tous rencontré la faveur, sinon la ferveur, d'un très large public.

Son dernier ouvrage, "Compagnons de voyage", est un hymne à l'harmonie entre l'homme et le cosmos. (Voir nos éditions du vendredi 6 novembre 92).

Des certitudes aux interrogations

Le titre que Hubert Reeves a choisi pour l'émission est le titre du dernier paragraphe de "Malicorne" : "Dieu n'est plus ce qu'il était". Et d'ajouter : "C'est tout ailleurs que Dieu maintenant se situe. On le rencontre au niveau des interrogations et plus au niveau des certitudes. Il prend sa place dans le voyage intérieur de chacun d'entre nous.

Il est la trame secrète de ce parcours qui se poursuit tout au long de l'existence. On le retrouve mêlé à nos angoisses et à nos questions sur le sens profond des choses."

Pour Reeves, c'est un peu là le résumé de l'histoire de notre civilisation. Pendant longtemps, dans les religions révélées, dieu était la vérité, l'autorité, celui qui donnait un sens à la vie. Après leur déclin, on s'est tourné vers la science en disant : il suffit de savoir, de connaître pour être heureux.

Il a fallu attendre le XXe siècle, explique Reeves, pour que l'homme s'aperçoive que ce n'était pas vrai non plus. La science, c'est ce qui nous dit comment cela marche dans le monde, mais elle ne nous dit pas comment il faut vivre. La science ne nous donne pas de valeurs. Les problèmes subsistent.

C'est cela le sens de "Dieu n'est plus ce qu'il était". On ne le retrouve plus au niveau des certitudes. On le trouve au niveau des interrogations. Nous sommes devant un profond mystère, le mystère de notre existence.

La science peut nous dire comment cela s'est passé, comment nous en sommes arrivés là, mais les questions profondes autours de notre existence, la science ne peut rien nous dire.

Une lamentable histoire

Pour Reeves, cette évolution est en fait un passage à l'état adulte. "Pour moi, dit-il, les religions révélées, c'est un peu le "prêt-à-penser". Notre civilisation a eu ce défaut de penser qu'on pouvait identifier la vérité en terme de mots, de concepts, de faire des crédos et d'essayer d'y convertir les gens et, au besoin, de les obliger par la force. C'est une lamentable histoire.

On a cru longtemps que la réalité profonde de l'Univers pouvait être enfermée dans quelques mots, c'est ce qui a donné lieu à cette idée de la vérité qui sur ce plan est une pauvre idée dont nous devons nous débarrasser au plus vite."

Un second thème abordé est une suite logique du premier. La science et la religion, constate Edmond Blattchen, n'ont pas toujours fait bon ménage. Pour Hubert Reeves, c'est la conséquence "d'intrusions territoriales". Quand l'église fait un procès à Galilée parce qu'elle pense qu'elle sait comment cela se passe dans le ciel et bien elle est en dehors de son domaine.

Donner un sens à la vie

Le domaine de la science, poursuit Reeves, c'est comment ça marche dans le monde. Le domaine de la religion, de la philosophie, de la morale, c'est le comment vivre. Ce sont deux discours totalement différents. Chacun chez soi.

Ce qui ne veut pas dire que les connaissances scientifiques ne sont pas importantes pour arriver à se faire une idée de notre place dans l'Univers...

Bien d'autres sujets seront abordés comme la nécessité de replacer la création artistique dans l'évolution du monde, création qui donne un sens à la vie et ajoute à la beauté du monde, comme le sublime et le cruel, l'un comme l'autre de plus en plus efficaces... Nous vous laissons découvrir le meilleur.

Notre grande romancière Marguerite Yourcenar a écrit : "Il n'est pas difficile de nourrir des pensées admirables lorsque les étoiles sont présentes." Avec nos cieux peu cléments, nous n'avons pas souvent la chance de leur présence.

Nous en aurons une ce soir sur nos petits écrans, aussi admirable que toute la constellation d'Orion :
Hubert Reeves.

Pierre Bastin

(Cet article a été publié dans le quotidien liégeois
"La Wallonie" du mercredi 6 octobre 1993.)


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